À Idjwi, comme dans de nombreuses zones rurales de la République Démocratique du Congo (RDC), l’accès à l’eau potable demeure extrêmement limité. Selon l’UNICEF (2023), seulement 52 % de la population congolaise a accès à une source améliorée d’eau potable, un taux qui chute à moins de 35 % en milieu rural. Cette situation favorise une forte prévalence des maladies hydriques (choléra, diarrhées, typhoïde), responsables de près de 20 % de la mortalité infantile en RDC.

Dans la zone de santé rurale d’Idjwi, les infrastructures d’adduction d’eau sont rares, vétustes ou en état de délabrement avancé. Les populations, en particulier les femmes et les enfants, parcourent souvent entre 3 et 5 km à travers les montagnes pour s’approvisionner en eau, généralement non protégée, ce qui augmente considérablement les risques de contamination.

La pauvreté et l’instabilité sécuritaire aggravent cette situation. Les déplacements de populations liés aux conflits exercent une pression supplémentaire sur les rares points d’eau existants. Par ailleurs, l’absence de pratiques d’hygiène adéquates (lavage des mains, stockage sécurisé de l’eau) contribue à la propagation des maladies.

Face à cette réalité, COSAWOH a lancé un projet de réhabilitation de trois adductions d’eau, visant à :

  • Réduire la vulnérabilité des communautés face aux maladies hydriques ;
  • Promouvoir l’accès à l’eau potable pour au moins 5 000 bénéficiaires directs ;
  • Encourager des comportements d’hygiène essentiels.

Dans ce cadre, une mission de sensibilisation et d’évaluation technique a été organisée, constituant la première étape pour engager la communauté, identifier les sites prioritaires et garantir une appropriation locale du projet. L’objectif général de cette activité était de contribuer à la réduction des maladies hydriques à Idjwi en améliorant l’accès à l’eau potable et les pratiques d’hygiène communautaire. COSAWOH a réussi à travers cette activité à :

  • Sensibiliser de 50 ménages (environ 250 personnes) sur l’importance de l’eau potable et les bonnes pratiques de conservation ;
  • Identifier et évaluer au moins trois sources ou adductions d’eau, en vue de sélectionner un site prioritaire pour réhabilitation ou construction ;
  • Renforcement de l’adhésion communautaire à travers une réunion officielle avec une dizaine de leaders locaux (chefs de village, responsables communautaires, leaders religieux, etc.).

Monsieur David Bisimwa, point focal WASH de COSAWOH, a invité les membres de la communauté à participer à une séance de sensibilisation tenue au réservoir d’eau de Kasengo, principal point d’eau du village de Bwina. Ce réservoir, malheureusement vétuste, ne fournit qu’un faible débit : il faut environ 10 minutes pour remplir un bidon de 20 litres. Une réhabilitation complète est nécessaire.

Lors de cette activité, les participants ont été informés des effets de l’eau insalubre sur la santé. Ils ont identifié plusieurs maladies d’origine hydrique, notamment : le paludisme, la bilharziose, la fièvre typhoïde, le choléra, la filariose, l’ankylostomiase, l’amibiase et la dysenterie bacillaire. Cette prise de conscience a renforcé leur inquiétude face à la consommation quotidienne d’eau contaminée provenant de sources non aménagées ou d’adductions vétustes.

Les leaders communautaires ont souligné que la consommation d’eau insalubre constitue le principal problème de santé dans leurs villages. Ils ont recensé quatre sources aménagées en état de délabrement et huit sources non aménagées, souvent éloignées des habitations (jusqu’à 8 km de marche). Ils ont exprimé le souhait que COSAWOH puisse construire des forages et des adductions d’eau pour améliorer l’accès à cette ressource vitale.

Bien que COSAWOH ne soit pas en mesure de répondre à l’ensemble des besoins exprimés, l’organisation s’est engagée à construire une adduction d’eau prioritaire à la suite de cette mission, afin de faciliter l’accès à l’eau potable et réduire les risques sanitaires.

À l’issue de cette activité, les leaders ont formulé plusieurs recommandations à COSAWOH, en vue de plaidoyers auprès de ses partenaires :

  • Construction de forages et d’adductions d’eau ;
  • Reboisement des vastes zones dénudées ;
  • Soutien à l’éducation : plusieurs écoles de la chefferie de Ntambuka manquent de bâtiments et de mobilier scolaire, obligeant les élèves à étudier à même le sol ou sous les arbres. En cas de pluie, les cours sont interrompus ;
  • Appui à l’élevage pour lutter contre la pauvreté et la malnutrition, notamment par la production de lait ;
  • Soutien à l’agriculture : la zone a été durement touchée par la mosaïque, qui a ravagé les bananeraies et les cultures de manioc, autrefois sources de subsistance ;
  • Accompagnement nutritionnel pour les personnes mal nourries.

Dans le cadre de cette activité, COSAWOH a visité une source non aménagée ainsi que trois adductions d’eau vétustes, afin d’évaluer leur état et déterminer celles à réhabiliter ou à construire.

·         Source non aménagée : L’eau jaillit directement du sol, captée à l’aide d’une écorce de bananier. Ce dispositif rudimentaire expose la population à de graves risques sanitaires.

·         Première adduction visitée : Le captage et le réservoir de Kasengo, situé dans le village de Bwina (Groupement de Nyakalengwa, aire de santé de Bwina, chefferie de Ntambuka, territoire d’Idjwi). Ce réservoir est le principal point d’eau du village. Le captage, situé à seulement 10 mètres, est mal entretenu : un champ de patates douces surplombe la zone, et deux tuyaux alimentent le réservoir. L’infrastructure est en état de délabrement avancé. La population soupçonne des fuites internes, expliquant le faible débit aux deux robinets. Il faut plus de 10 minutes pour remplir un bidon de 20 litres. De plus, le réservoir est éloigné des habitations, obligeant les bénéficiaires — y compris les patients du Centre de Santé de Bwina — à parcourir de longues distances pour s’approvisionner.

·         Deuxième source visitée : La source Leonari, également située à Bwina. Elle est utilisée pour la boisson, la lessive, la vaisselle et l’hygiène corporelle. Non aménagée, elle expose les usagers à des infections hydriques. L’eau est captée à l’aide d’une paille et d’une écorce de bananier, dans une zone où l’eau stagne, favorisant la prolifération de moustiques et de microbes. Cette source représente un danger sanitaire majeur pour la communauté.

·         Troisième adduction visitée : L’adduction de Rusisiro, toujours à Bwina. Elle est presque abandonnée par la population en raison de son débit extrêmement faible. Les habitants rapportent qu’elle fonctionnait correctement par le passé, mais suspectent un bouchon dans le tuyau principal, empêchant l’eau de circuler normalement.

À l’issue des visites aux sources et points d’eaux, une réunion a été tenue avec les autorités locales des villages de Lemera et Bwina. Les participants ont souligné la rareté de l’eau potable et les longues distances à parcourir pour s’en procurer. Certains habitants se lèvent dès 1h du matin et ne rentrent qu’à 10h, simplement pour puiser de l’eau, en raison du faible débit des sources disponibles.

Les cadres de base et les leaders communautaires ont exprimé un besoin urgent en infrastructures d’eau potable, ainsi que d’autres besoins communautaires prioritaires.

Perspectives d’intervention de COSAWOH

Afin de répondre aux besoins identifiés, COSAWOH prévoit les actions suivantes :

  • Mener des plaidoyers auprès des partenaires techniques et financiers pour obtenir des ressources supplémentaires ;
  • Construire et réhabiliter au moins 12 sources d’eau dans les villages restants ;
  • Réaliser des forages pour améliorer l’accès à l’eau potable ;
  • Impliquer la Division Provinciale de la Santé (DPS) et les autorités locales pour intégrer le projet dans les plans sanitaires communautaires ;
  • Mettre en place et former des comités locaux de gestion de l’eau dans chaque village bénéficiaire pour assurer la maintenance, le suivi et la pérennité des infrastructures ;
  • Encourager les communautés à initier des actions de salubrité autour des sources (entretien, drainage, reboisement).
  • Planifier des interventions combinant Eau, Hygiène et Assainissement (WASH) avec les secteurs Santé, Nutrition et Sécurité alimentaire ;
  • Promouvoir le reboisement communautaire (objectif : 1 500 hectares) pour protéger les bassins versants et garantir la durabilité des sources.
  • Organiser des sessions de formation technique et de sensibilisation pour les comités d’eau et les leaders locaux ;
  • Former à la gestion durable, à la collecte des contributions communautaires et à la prévention des maladies hydriques ;
  • Mettre à disposition des outils de suivi (fiches techniques, registres, kits d’entretien).

COSAWOH s’engage à établir un mécanisme de suivi trimestriel impliquant la communauté, la DPS et COSAWOH, mesurer les progrès, identifier les besoins supplémentaires et documenter les bonnes pratiques et produire des rapports photo et des fiches d’impact communautaire pour chaque intervention.